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Obligation de vigilance

Il avait l'attestation. Il a quand même payé 24 560 euros.

Collecter l'attestation de vigilance de son fournisseur ne suffit pas. Un arrêt du 18 mars 2026 rappelle qu'il faut aussi en vérifier l'authenticité auprès de l'URSSAF, et ce que coûte l'oubli.

Loïc Assuied · publié le

Il avait l'attestation. Il a quand même payé 24 560 euros.

Commençons par le début, sans jargon.

Quand votre entreprise conclut certaines opérations d'au moins 5 000 euros hors taxes avec un fournisseur ou un prestataire, la loi lui impose des vérifications destinées à lutter contre le travail dissimulé.

L'une des principales consiste à obtenir une attestation de vigilance, délivrée par l'URSSAF à votre fournisseur, et à en vérifier l'authenticité.

Si vous ne le faites pas et que votre fournisseur est pris en faute, l'URSSAF peut vous réclamer une partie de ce qu'il devait. Pas à sa place, mais en plus de lui. C'est ce qu'on appelle la solidarité financière.

La plupart des entreprises qui découvrent cette règle réagissent de la même façon : elles demandent l'attestation, la rangent dans un dossier, et considèrent le sujet réglé.

Un arrêt du 18 mars 2026 montre pourquoi ça ne suffit pas.

L'affaire

Une société confie une partie de son activité à un sous-traitant, entre juin 2021 et avril 2023.

L'URSSAF contrôle ce sous-traitant. Le résultat est lourd : environ 1,4 million d'euros de cotisations, plus 572 000 euros de majorations. Au total, un peu plus de deux millions d'euros, au titre du travail dissimulé par dissimulation d'emplois salariés.

Le sous-traitant est placé en liquidation judiciaire en septembre 2023. Le 28 septembre, l'URSSAF met en œuvre la solidarité financière à l'égard du donneur d'ordre.

Elle avait d'abord retenu un montant plus élevé. Par courrier du 25 octobre 2023, elle maintient finalement le redressement au titre de l'année 2021, pour 17 560 euros de cotisations et 7 000 euros de majorations, soit 24 560 euros, et l'annule au titre de 2022.

Or ce donneur d'ordre disposait bien d'une attestation de vigilance, remise par son sous-traitant.

Le problème est que cette attestation était fausse.

Un caractère de trop

La falsification n'avait rien de spectaculaire. En haut du document, la date était écrite « 114/09/2021 ». En bas du même document, elle était écrite « 14/09/2021 ».

Un « 1 » en trop.

Le donneur d'ordre s'est défendu de la manière la plus naturelle du monde, et c'est ce qui rend cette affaire utile. Il a fait valoir qu'il avait bien collecté l'attestation, qu'aucun texte ne l'obligeait à en vérifier systématiquement l'authenticité, et que rien d'évident ne signalait un faux.

Les juges ont écarté les trois arguments.

Le texte applicable, l'article D.8222-5 du Code du travail, prévoit que le donneur d'ordre se fait remettre l'attestation « dont elle s'assure de l'authenticité auprès de l'organisme de recouvrement ». Autrement dit, la vérification fait partie de l'obligation. Elle n'est pas une précaution facultative.

La société a reconnu deux choses devant la cour : que le document ne venait pas de l'URSSAF, et qu'elle n'avait pas consulté l'URSSAF pour en vérifier l'authenticité.

Le tribunal, puis la cour d'appel, ont confirmé le redressement.

Le détail qui pique

Le donneur d'ordre contestait aussi les majorations, qui représentaient 40 % de la somme. Son argument : ce n'est pas moi qui ai dissimulé des salariés, pourquoi devrais-je payer une pénalité pour une faute que je n'ai pas commise.

La réponse tient au mécanisme lui-même. Le donneur d'ordre n'avait effectivement dissimulé aucun salarié. Cela n'empêchait pas la solidarité de couvrir, dans les limites prévues par les textes, les cotisations mais aussi les majorations dues par son cocontractant.

Un dernier élément mérite d'être noté. L'URSSAF, régulièrement convoquée, n'était ni présente ni représentée à l'audience d'appel. Cela n'a pas empêché la cour de confirmer intégralement le jugement.

Ce qu'il faut en retenir

Collecter n'est pas vérifier. Avoir le document dans un classeur ne suffit pas. Ce qui compte, c'est d'avoir confirmé auprès de l'URSSAF que ce document est authentique. La vérification se fait en ligne, en quelques secondes, à partir du code de sécurité imprimé sur l'attestation.

Repérer les faux à l'œil n'est pas le contrôle attendu. Un faux peut paraître plausible au premier regard. Ici, l'attestation comportait pourtant une discordance dans sa date. Mais le contrôle prévu par les textes ne consiste pas à examiner le document : il consiste à en vérifier l'authenticité auprès de l'URSSAF.

La faute du fournisseur peut devenir votre facture. C'est le mécanisme même de la solidarité financière : elle porte sur des sommes dues par quelqu'un d'autre.

Et il faut recommencer. L'obligation n'est pas ponctuelle : les pièces se demandent à la conclusion du contrat, puis tous les six mois jusqu'à la fin de son exécution. Une vérification faite une fois, il y a deux ans, ne couvre pas la période en cours.

Les questions qu'on nous pose

À partir de quel montant suis-je concerné ? Le seuil est de 5 000 euros hors taxes. Il s'apprécie sur le montant global de l'opération ou du contrat, même si le paiement est découpé en plusieurs factures. Attention toutefois : des commandes successives ne s'additionnent pas automatiquement du seul fait qu'elles concernent le même fournisseur. Leur regroupement dépend notamment de la continuité de la relation et de son objet. Un cumul comptable est un signal utile, ce n'est pas une qualification juridique automatique.

L'attestation de vigilance est-elle la seule pièce à demander ? Non. Selon les cas, l'article D.8222-5 prévoit également un justificatif relatif à l'immatriculation du cocontractant.

Est-ce que ça ne concerne que la sous-traitance ? Non. L'obligation n'est pas limitée à la sous-traitance : des contrats de fourniture ou de vente peuvent également entrer dans son champ.

Une attestation sur l'honneur de mon fournisseur peut-elle remplacer l'attestation de vigilance ? Non. Les pièces énumérées par l'article D.8222-5 ne se remplacent pas par des documents qui leur ressemblent, aussi sincères soient-ils.

Et entre sociétés d'un même groupe ? Le Code du travail ne prévoit pas d'exemption générale fondée sur l'appartenance à un même groupe. Pour chaque flux entre sociétés du groupe, il faut donc apprécier si le contrat concerné entre, par son objet et son montant, dans le champ de l'article L.8222-1.

Combien ça peut me coûter ? Cela dépend du dossier. La solidarité financière est limitée à proportion de la valeur des travaux ou des biens concernés. À côté d'elle existe une seconde sanction, l'annulation des allègements de cotisations dont le donneur d'ordre a bénéficié pour ses propres salariés, elle-même encadrée par des plafonds prévus par le Code de la sécurité sociale. Le montant du contrat ne suffit donc pas, à lui seul, à mesurer l'exposition.

Ce qui change bientôt

Une loi du 25 juin 2026 renforce le dispositif. Elle crée notamment, avec un futur article L.8222-1-1, une obligation de vérification périodique à la charge du maître d'ouvrage concernant le sous-traitant qu'il accepte, dans les conditions prévues par le texte, et étend à cette nouvelle obligation le mécanisme de solidarité financière.

Le contexte est éclairant. Le 4 septembre 2025, la Cour de cassation avait jugé que, pour l'application de l'article L.8222-1, le maître de l'ouvrage n'était pas tenu à une obligation de vigilance envers le sous-traitant de son cocontractant. La loi de 2026 élargit donc réellement le périmètre de la vigilance dans les chaînes de sous-traitance.

Ces dispositions ne sont pas encore applicables. Leur entrée en vigueur est fixée par décret, au plus tard six mois après la promulgation, la version future affichée étant au 26 décembre 2026.

La question à se poser ce soir

Prenez un fournisseur au hasard, un seul, avec qui vous travaillez régulièrement.

Pouvez-vous dire, aujourd'hui, qui a vérifié son attestation, et quand ?

Si la réponse ne vient pas tout de suite, ce n'est pas un problème de rigueur. C'est un problème d'organisation, et il se règle.

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Sources

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